Le temps des arbres au Natural Surf Lodge

Le temps des arbres au Natural Surf Lodge

lundi, 25 mars 2019 14:15

Parce que le Natural Surf Lodge est un surf camp et une école de surf connectée à la Nature avec un grand N, la découverte du documentaire Le Temps des forêts a ouvert un peu plus nos esprits sensibles à cette nature. Ce film a aussi provoqué une belle rencontre avec Jacques et Thomas, 2 forestiers qui œuvrent pour une Sylviculture Irrégulière, Continue et Proche de la Nature. Et de cette rencontre est née l'envie de participer à la régénération de la forêt en achetant une parcelle. C'est le temps des arbres au Natural Surf Lodge !

 


La vie est faite de rencontres et de choix.
Tant de belles rencontres se font au Lodge ou par l’intermédiaire du Lodge, un vaste réseau social à la fois virtuel et bien réel ayant pour trait le surf, l’océan et plus généralement la Nature avec un grand N.
Cette hiver et à l’occasion de la projection du documentaire de de François-Xavier Drouet « Le temps des forêts », nous avons eu la chance de rencontrer deux personnages inspirants, Jacques et Thomas, tous 2 forestiers que quelques décennies séparent mais qu’une même volonté et amour des arbres rendent complices. Ils bataillent localement et avec persévérance, pour la mise en place d’une Sylviculture Irrégulière, Continue et Proche de la Nature (SICPN) dans les Landes.


 



Car il ne faut pas se leurrer, l’exploitation forestière n’est pas plus respectueuse de l’environnement que l’agriculture et l’élevage intensifs ne le sont vis à vis du vivant (seule la Wallonie a déclaré SICPN comme sylviculture officielle de ses forêts publiques). C’est même du massacre organisé de biodiversité (mécanisation, coupes rases tous les 40 à 50 ans désormais, contre 60 à 70 dans les années 50). Ainsi chaque génération de propriétaire forestier fait en sorte que la génération suivante puisse passer à la caisse sans forcément attendre la maturité des arbres. Attention ! Il ne faut surtout pas changer de modèle et décider de varier les essences qui poussent plus lentement que le pin et qui feraient « louper » un passage au tiroir-caisse, au risque de voir les oiseaux et les insectes revenir en sous-bois.

Thomas en professionnel sage et avisé précise : « Changer de modèle c’est effectivement ce que nous défendons. Changer le pin contre autre chose, pas forcément, c’est au cas par cas, et ce n’est pas vraiment possible au sens économique et au sens technique du terme dans la majorité des cas. Le pin maritime reste une super essence, robuste, peu gourmande en nutriments donc très bien adaptée au sol sableux très pauvres et acides des landes et permettant un bois aux débouchés quasiment infinis. Les chênes ou autres essences ne sont viables (au sens forestier) que sur de rares stations dans les landes (à l’instar de celle que vous achetez). Ici je dirais plutôt que la monoculture est le choix de la facilité et de la rationalité économique : « tout ce qui ne rapporte pas d’argent, coûte ou gêne », seulement elle rend vulnérable en tous points ces forêts qui pourraient être mélangées, avec une essence de production de bois d’œuvre et un sous-étage garni de tout un tas d’essences améliorantes et bénéfiques. Essences qui ne se révèleront économiquement intéressantes que dans de rares situations mais ont tout de même leur intérêt comme celui d’héberger oiseaux et insectes et enrichir le sol. »



Surtout ne pas penser en terme d’individus à prélever en fonction du rythme de croissance propre à chacun, ne pas envisager non plus de forêt à étages car on risquerait de ne plus avoir besoin de demander des subventions lorsqu’une tempête du genre Klaus s’abattrait sur une forêt rendue bien moins vulnérable par un plan de gestion adapté puisque seuls les plus grands seraient couchés et les arbres situés aux étages inférieurs pourraient continuer leur croissance et prendre le relai !

Thomas ajoute : « Il existe pourtant des subventions pour la régénération naturelle ! Mes confrères n’en font pas la pub… La raison principale selon moi reste le peu de connaissances naturalistes des sylviculteurs, leur manque de curiosité intellectuelle, la flemme de s’intéresser vraiment à comment fonctionne leur forêt car c’est tellement plus facile de se laisser dicter sa gestion par des industriels qui défendent leur intérêts. Ils ont simplifié à outrance la gestion forestière, forcement ça plait aux personnes qui n’y sont pas formées, cela semble plus accessible une forêt de pin tous espacés à la même distance, bien disciplinés, pas un brin d’herbe qui dépasse, pas d’autres variétés d’arbres en dessous car l’inconnu fait peur.»





« Le mélange et la forêt à étages demandent beaucoup plus de compétences pour comprendre et gérer, mais aussi intervenir sur le terrain. Cela signifie plus d’emplois, plus de contacts avec la nature, de spécialisation pour les ouvriers, un retour à des vrais valeurs (cf le bucheron dans le film). Mais ça la filière ne l’a pas compris : aujourd’hui aucun engins, outils, ni méthodes d’interventions auxquelles les forestiers sont formés ne sont adaptées à la gestion SICPN, c’est pourquoi il n’y voient que des contraintes ».

Alors, comment faire évoluer les mentalités et convaincre comme la permaculture cherche à le faire vis à vis de l’agriculture intensive, qu’une gestion plus proche de la Nature coûterait moins cher sans entamer le revenu du propriétaire forestier ?  La lutte est âpre mais se poursuit…
Toute la filière forestière est donc à repenser, de la plantation en passant par l’exploitation jusqu’à la transformation en produit final. En effet, à chaque étape on marche sur la tête. Sans se lancer dans les détails, allez plutôt voir le film, il ne faut pas se fier aux apparences, ce n’est pas parce que c’est du vert que les arbres se développent en lignes bien droites, que leur exploitation est raisonnée.  Au contraire, les pins sont souvent affaiblis, malades et la faune qui s’y cache relativement pauvre.



Dans la gestion du poumon vert de la planète, l’océan étant son poumon bleu, il s’agit là encore de s’engager, de faire des choix. Agir en "consom-acteur" avisé. Par exemple, préférer faire travailler l’artisan menuisier du coin, lui même dans une démarche réfléchie à long terme, demander la provenance du bois, lire entre les lignes et faire le tri entre les certifications PEFC, FCS, bois des Alpes, bois tropicaux ou bois des territoires du Massif Central ™, par curiosité, pour sa gouverne personnelle et parce que chaque question engendre une réponse et rend le sujet de plus en plus intéressant. Si le budget est limité, l’option économique serait plutôt de prendre le temps de chiner (associations caritatives locales, vide-greniers…), de youtuber les tutorials du DIY (Do It Yourself c’est à dire apprendre à faire soi-même) et de laisser parler sa créativité. Dans les deux cas, quelle satisfaction sobre et heureuse d’être allé au bout de son projet en pleine conscience… de ses limites aussi.

De son côté, le Natural Surf Lodge a décidé de se lancer un défi vert en achetant une parcelle de 4 hectares du côté de Pontonx dans les « petites Landes » de Gascogne, récemment coupée rase pour la transformer au fil des années à venir en un rectangle de forêt au bord de l’Adour.  Nous avons signé le 28 mars…  L’excitation est à son comble ! Thomas à qui l’on doit le « tuyau » et que nous remercions sincèrement d’avoir pensé à nous, va se charger de mettre en place un nouveau plan de gestion basé sur des principes de sylviculture raisonnée et respectueuse du vivant.  Cet hiver nous avons ramassé les glands des chênes de l’airial du Lodge, des chênes pédonculés dans l’idée de les replanter sur le terrain tout nu.



Thomas précise : « Oui, le chêne de pays dans l’Ouest de la France c’est le pédonculé, Quercus Robur. Au Centre et à l’Est c’est le chêne séssile, Quercus Petraea et au Sud dans les régions méditerranéennes c’est le chêne pubescent, ou chêne blanc, Quercus Pubescens. Tous sont surnommés « chêne de pays » dans leurs contrées respectives et sont très semblables visuellement. Pourtant des différences importantes existent dans leur adaptation à chaque climat. ».
Mais ce ne sera pas tout car il s’agit vraiment de créer un espace vert diversifié et à étages pour le rendre fort et accueillir les oiseaux et les chercheurs de champignons (on pense à Yolande, Christian et Marius car il en faut pour tous les goûts !  Dans les Landes, il n’y a pas que les vagues qui nous régalent les yeux, il y a aussi les champignons qui régalent nos papilles).

La parcelle de 4 hectares coupée rase récemment et pour laquelle Thomas établit un nouveau plan de gestion basé sur des principes de sylviculture raisonnée et respectueuse du vivant.


Le projet est d’intégrer à l’histoire du Natural Surf Lodge, une démarche nouvelle mais déterminée qui consiste à récupérer au fil du temps et des occasions, des coupes rases pour les replanter et compenser ainsi notre empreinte carbone professionnelle et personnelle. L’idée est de créer des passerelles entre le monde de l’entreprise, car le Natural Surf Lodge reste une entreprise économique, et la responsabilité écologique qui lui incombe ainsi qu’à nous-même en tant qu’individus.

Le temps des arbres est devenu une priorité pour le Natural Surf Lodge et d’autres projets évolutionnaires et éco-scients sont en préparation mais ça, c’est une autre histoire…

Claire


Pour les personnes qui souhaitent s’intéresser plus en détail à la forêt, il existe une revue de presse mensuelle en accès libre et gratuit réalisée par l'asbl Forêt Wallonne.