Le juste prix

Le juste prix

mercredi, 31 janvier 2018 09:45

Le Natural Surf Lodge augmente ses tarifs. Cela n'était pas arrivé depuis 5 ans. Cette hausse justifiée par de nombreux paramètres n'a pas empêché Claire de se questionner. Voilà sa réflexion sur le juste prix.

 

Surf is money
Qu’est ce qui peut motiver à faire un article de blog sur les prix, c’est tellement « boring » et pas très surf non ?  Et pourtant, si je regarde les stats de notre site internet, la page tarifs arrive en tête des pages les plus consultées, devant la galerie photos qui donne envie et surtout devant le contenu de la prestation proposée, qui représente pourtant les termes tangibles de l’échange.  
Un signe édifiant de l’état d’esprit général de la société occidentale pour laquelle le prix, le tarif, qui se résume à des chiffres qui facilitent les comparaisons et permettent de faire le choix d’achat qui nous correspond en fonction de notre budget certes (contrainte tangible et incontournable), mais aussi de nos priorités morales, de nos convictions (beaucoup plus relatives et subjectives).

Choix d’achat
Personnellement, j’essaie de faire mes choix d’achat en conscience (je sais c’est utilisé à toutes les sauces, comme le surf dans les pubs), c’est à dire prendre le temps de réfléchir à tout ce qui fait le produit ou la prestation pour laquelle je me prépare à dépenser mes sous et ensuite je mets en face les chiffres et je fais appel à mon libre arbitre pour savoir si le rapport me semble équilibré pour lâcher la caillasse ;-)

Alors qu’il y a t-il derrière les chiffres ?  
Pour schématiser, on a donc une partie contraintes et charges (en rouge sur la mind map) relativement chiffrable et une partie plus « vaporeuse » et plus difficile à mettre en chiffre, tout autant importante mais souvent négligée (en vert) : l’éthique et la valeur ajoutée.


Qu’est ce qui fait varier les prix ?
On peut se poser la question de ce qui crée une différence de prix.  Une récente enquête internationale (Surf Lesson Price Index) a montré que sur 28 pays audités, les tarifs d’un cours de surf s’échelonnent de 19 € en Equateur à 112 € en Norvège !  La France se situe en milieu de tableau avec un cours moyen à 39€ .  Donc le prix est relatif, mais relatif en fonction de quoi ?  Du froid ?  Du niveau de vie ?  De l’offre et de la demande ?  Des contraintes locales du moment (adhésion municipale) ou nationales (impôts et taxes) voir globales (augmentation du prix du carburant) ?  Bref, c’est pas simple mais ça n’empêche pas de vouloir y voir plus clair et d’essayer de poser les choses, à son petit niveau.  Je le fais pour moi mais aussi pour répondre à d’éventuelles questions car 2018, et oui, ça n’était pas arrivé depuis 5 ans, on augmente les tarifs.

Constat
Nous sommes donc sous le règne de la finance, de la consommation, de l’évasion fiscale et de la menace terroriste, dans un monde où 62 personnes possèdent plus de richesse que presque 4 milliards d’êtres humains (Oxfam 4:15 AM - Jan 18, 2016), notre société occidentale s’organise plutôt en méfiance qu’en confiance, sur le profit plutôt que sur le partage.  Le surf business est un terme très actuel, loin, très loin de la quête mystique de la vague parfaite, du ride magique au creux de la chambre verte…
Et le Natural Surf Lodge dans tout ça ?

Modèle de transition
Sans chercher à donner de leçon, notre 3ème bébé comme je l’appelle souvent, apparaît comme une bulle de douceur, une respiration, une zone tampon et une entreprise de transition, à mi-chemin entre ces nouvelles formes d’organisations économiques alternatives (économie sociale et solidaire) et ces bonnes vieilles SARL, liftées en SAS pour les plus récentes, modèle toujours actif de l’ère capitaliste et de l’état providence en déliquescence.

Dans une démarche de remettre les pendules à l’heure
Combien de fois m’arrive t-il de dire qu’on marche sur la tête ?  Le  contexte de globalisation généralisé et les rapports entre les choses et les gens sont devenus tellement complexes qu’il est difficile de s’y retrouver.  Et pourtant j’ai envie de comprendre simplement comment ça fonctionne tout ça : le système bancaire, les opérateurs téléphoniques, les assurances, les biens de consommation, comprendre les coûts cachés,  parler de choses concrètes plutôt que d’entendre des termes savants qui ne veulent rien dire, le parfait discours trop commercial qui embobine et qui horripile.

Même si il est difficile de faire cohabiter des termes parfois antinomiques , parfois très connotés ou carrément tabou, tels que les charges sociales vs la sécurité sociale, le bon principe de redistribution via l’impôt et les taxes vs l’utilisation « courtermiste » qui en est faite, le rêve d’une Europe forte, généreuse et unie vs la réalité de terrain d’une concurrence déloyale et d’une immigration problématique, la réglementation et la sécurité vs la confiance et la joie de vivre des moments simples, les rapports humains vs la numérisation, l’investissement raisonné et l’entretien patient vs le tout beau tout neuf et la durée de vie limitée, le toujours moins cher vs la toujours plus onéreuse qualité, la valeur du travail et le prix de la prestation vs le bonheur de vacances réussies… La liste est infinie mais j’ai envie, après la période furieuse de Noël, de parler de prix afin de donner un point de vue personnel (en temps que consommatrice) et professionnel (en temps que gérante d’une activité  de pleine nature).


Une démarche personnelle
J’ai toujours trouvé difficile de faire régler un service qui est si agréable à offrir (apprendre à glisser dans les vagues, jouer dans les vagues) et qui donne tant en retour (le sourire d’un premier stand up plus de 3 secondes sur la planche, un compliment sur la beauté d’un endroit qu’on a prit plaisir à  embellir et qui est aussi un merveilleux lieu de vie), sans parler du nombre de belles relations tissées au fil des années et d’une fidélité qui fait chaud au cœur et qu’on aimerait récompenser par la gratuité ou des réductions tarifaires importantes.
Mais il faut bien vivre ma bonne dame !
Où se trouve le point d’équilibre, le juste rapport qualité/prix comme on dit ?  Et cela pour tous (staff et guests).  
Par cet article, j’ai envie de chercher en profondeur, de revendiquer une façon de consommer plus raisonnée, emprunte de « bon sens », histoire de remettre les pendules à l’heure et justifier au passage notre politique tarifaire. Poser un cadre avec nos valeurs et des informations concrètes et simples à comprendre.




L’empathie : se mettre à la place de, un bon moyen de changer de perspective
Ca marche avec « le touriste », penser qu’on est tous touriste quelque part et se mettre dans la peau de ce touriste qui débarque, qui n’a pas ses habitudes, reflexes etc… et pour ça pas besoin de voyager loin pour faire l’expérience, juste aller dans une grande métropole et tu sens exactement cet état de touriste qui ne comprend rien, qui ne voit pas ce qui est évident, etc. Ça fonctionne aussi avec « l’employeur » ou « l’employé », et tout de suite la perspective change, on est plus compréhensif, on a plus conscience de … si toutefois on prend le temps de comprendre, d’expliquer d’une façon simple et intelligible les tenants et les aboutissants.

La transparence un gage de confiance
Je ressens le besoin de cette transparence, surtout envers ma banque, mon opérateur téléphone, mon administration.  C’est pas bon signe, c’est signe de méfiance, de doute sur le bien fondé des tarifs et de l’utilisation qui en est faite.  Mais il m’est déjà arrivé de devoir expliquer nos tarifs, de les justifier et ce n’est pas agréable sauf si tout est clair et transparent d’un côté comme de l’autre et pas trop compliqué.  Car parfois, chercher à faire juste, on n’a tellement plus l’habitude, c’est compliqué et peut induire le doute et donner une impression inconfortable,  flottante.  Par exemple, pour les transferts.  Lorsque nous avons commencé, nous incluions les transferts dans toutes les formules sans distinguer les personnes qui prenaient leur voiture de celles qui ne la prenaient pas.  Depuis quelques années, j’ai mis en place le forfait transport variable, adapté au réel besoin (navette aller/retour Tyrosse, seulement, l’aller ou le retour et pour les sportifs pas de coût navette plage ou shopping car ils utilisent le vélo ou co-voiturent avec les lodgeurs sur place au feeling).  Alors oui, ça prend du temps à expliquer, ça pose question et c’est plus compliqué à gérer lors de la facturation mais personnellement je préfère faire comme ça, je trouve ça plus juste.

Quantité vs qualité
Nous ne travaillons pas le volume (accueil familial d’une 20aine de personnes maximum au Lodge, 3 créneaux maximum par moniteurs en été à l’école de surf ce qui n’est pas le cas dans toutes les écoles). En conséquence, nous ne pouvons pas réduire nos prix par des remises fidélité importantes comme peuvent le faire les « pros du volume ».
Une autre variable qualité importante est la formation des moniteur/trices ainsi que leur expérience.  Suivant le niveau de départ il faut entre 1 et 2 années pour compléter une formation BP JEPS option Surf soit 600 heures de formation + des stages terrain pour un coût d’environ 6000 €. Alors que depuis quelques années de « petits » diplômes comme les ISA Level 1 suffisent à avoir les mêmes prérogatives pour enseigner le surf sur les plages françaises (sauf pour les français, encore une fois on marche sur la tête) et comptabilisent 150 heures de formation (4 fois moins) pour un coût d’environ 900 €.  Tous nos moniteurs ont suivi le cursus « Français » et ont une expérience de l’environnement local, qu’ils pratiquent depuis des années et ça compte.  Côté rémunération, le tarif d’un indépendant est de 60 euros pour 1h30 de cours alors qu’un salarié percevra 2500 euros net/mois (35 heures par semaine) + primes notamment sous forme d’épargne salariale.

Fidélisation de l’équipe
Il n’y a pas de secret, il faut savoir récompenser le travail et la conscience professionnelle par une rémunération adaptée, de petits gestes, de petites attentions qui montrent qu’on peut compter les uns sur les autres et que chaque membre de l’équipe est considéré comme une personne importante voire indispensable (même si personne n’est irremplaçable) au bon déroulement de la saison qui est intense.  

Saisonnalité : intensité, pénibilité et soumission au soleil
Il s’agit de créer de bonnes conditions de travail et il faut dire que nous avons la chance de travailler dans un secteur qui fait rêver, avec des personnes en vacances donc plus détendues, qui ont le temps. Et pourtant, s’intéresser à chacun, prendre le temps, ce n'est pas facile quand on est pris dans le tourbillon de la saison (merci le calendrier scolaire qui impose des vacances à la période de l’année où les jours sont les plus long certes mais de fait, tous en même temps !!!).  Humainement c’est très difficile, ça demande énormément d’énergie.  
Il est important de souligner que ce rythme saisonnier et sociétal (tout va très vite, tout change…) peut être infernal, qu’il faut s’entraîner mentalement, se préparer, nous les « accueillants » à cette saison et savoir dire non, je suis désolée, j’aimerais mais je ne peux pas, plutôt que d’être absent, désagréable et faire payer sa limitation humaine aux « accueillis ».  Bref, il s’agit d’assumer son humanité, trouver le juste équilibre, on y revient toujours.

Finalement c’est beaucoup le soleil qu’il faut rendre responsable du prix et de ses variations car aujourd’hui il influence directement la décision de consommer.  Les réservations de dernière minute sont de plus en plus communes, en fonction du temps qu’il va faire, car on a besoin de soleil, on décide de venir au Lodge ou ailleurs.  
J’aimerai tellement ne pas avoir à faire comme tout le monde et faire flamber les prix en été, soumise à la dure loi de l’offre et de la demande et au contraire les maintenir plus élevés en début ou en fin de saison, là où il est plus difficile de trouver des moniteurs motivés pour se mettre dans de l’eau plus fraîche, exposé(e)s au vent et au sel, il faut pas croire, le dream job de moniteur/trice de surf a ses limites comme tous les jobs !  Sans parler de la durée de vie limitée du dream job car la société est-elle prête à voir des moniteurs et monitrices de surf de 60 ans enseigner sur les plages et ces mêmes moniteurs/trices seront-ils physiquement et moralement prêts à suivre cette voie de l’enseignement, contre vents, marées, froid, douleurs articulaires, vieillissement prématuré de la peau voir cancer ?  Mais c’est un autre sujet…

La voie du cadeau
Une autre voie est de compenser/remercier la fidélité d’une autre façon, de préférence par un cadeau utile : livres de surf, produits éco-locaux (bouteille de vin, miel, savons et dernièrement des bols et mugs en céramique made in Soustons…), T-shirts, ponchos (tous les 3 ans, doucement mais sûrement…).  
Pour les supers fidèles on a offert une planche, un pile de gâteaux basques… pas facile de trouver le bon cadeau.  On a toujours peur que ce ne soit pas assez, pas le bon, et il faut s’assurer qu’il reste dans l’esprit…
Alors What will be next ? Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Claire

Retrouvez-nous sur facebook

NSL sur tripadvisor

NSL sur Instagram

Rentabilisez votre voyage avec Bla Bla Car

Économisez avec Bla Bla Car